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Philippe Manoeuvre : "Internet : y'a rien là dedans ..."




Monsieur Phil Manoeuvre, grand critique rock n'roll de son état, en service depuis au moins ... mon premier Led Zep, notamment sur l'increvable "Rock & Folk", répond sans détour à un journaliste qui lui demande si l'héritage de mai 68 ne se retrouverait pas sur la toile ... C'est sans ambiguité : NO WAY !

Il démarre sur une diatribe caustique du genre : "C'est quoi, Internet ? C'est des neuneus qui prennent des faux noms pour faire semblant d'adopter des fausses attitudes face à des faux problèmes, quand même ! Donc on est face à du virtuel, mais total !" Pour continuer sur la désinformation ambiante et, au passage, en remettre une couche sur les journalistes qui s'appuient sur Internet pour leurs enquêtes. Il fait certainement référence à la mort de Pascal Sevran, prématurément enterré par Jean-Pierre Elkabbach, qui n'a pas fait son boulot et ose accuser le net, voire même sa propre rédaction. (Phil Manoeuvre lui-même n'est pas passé loin !) Je ne crois donc pas un seul instant qu'il puisse tenir ce genre de discours juste pour buzzer (quand bien même il est revenu sur le devant de la scène récemment en intégrant le jury de la nouvelle star). Il pense vraiment ce qu'il dit, et en l'occurrence, même si il force le trait, on ne saurait lui donner complètement tort. Car si on peut s'aider des blogs pour se forger une opinion, on ne saurait leur demander de nous tenir informés : ça n'est pas leur objet. Le métier de journaliste, s'il est en train de changer, n'en reste pas moins un vrai métier, et, fort heureusement, on ne distribue pas encore des cartes de presse aux bloggers influents !

Par contre, Phil, si tu trouves rien sur le net, c'est peut-être aussi parceque tu sais pas chercher ...
 

Après Fuzz, c'est au tour de Wikio !



Dans un article précédent j'évoquais le danger d'une jurisprudence dans l'affaire opposant Olivier Martinez à Eric Dupin. Visiblement, le filon a l'air de convenir à Maître Emmanuel Asmar, l'avocat d'Olivier Martinez, qui vient d'assigner Wikio en justice, bien évidemment sans demander préalablement le retrait de l'article litigieux, qui concerne cette fois-ci Olivier Dahan, le réalisateur de "La môme".

L'avocat réclame pas moins de 30.000 euros à Wikio pour avoir relayé un article de Gala concernant une éventuelle liaison entre le réalisateur et une actrice. Il annonce même la couleur et affiche ostensiblement sa volonté procédurière en déclarant qu’il compte assigner une longue liste de sites web pour des affaires liées à la distribution d'informations concernant la vie privée de ses clients. Ca a le mérite d'être clair, Maître Asmar ramasse l'argent rendu facile par, d'un côté l'imprécision de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN), et de l'autre, le jugement rendu dans l'affaire Martinez vs Fuzz. En fait, il est même tellement remonté qu'il s'apprête à attaquer Google pour les mêmes motifs. Je vous recommande la lecture de cet excellent article sur Adscriptor, en réponse à Maître Eolas qui se demande si le juge n'aurait pas eu raison (de passer outre la LCEN).

Via Kelblog
 

Les enjeux de l'information (part II)



L'actualité de cette dernière semaine me pousse à prolonger l'article d'Anne Laure et à écrire la suite de cet article, dans lequel je mettais l’accent sur la légitime opportunité de s’informer à sa guise, et, accessoirement, sur le retard qu’avait pris la corporation journalistique à considérer celle-ci.

Si l’on peut accorder aux bien-pensants de la blogosphère qu’Eric Dupin n’est pas un modèle de déontologie journalistique, avec son aggrégateur de news Fuzz et son blog sérieusement monétisé, il n’en reste pas moins un acteur intègre du web français. On n’attend pas de ligne éditoriale de la part d’un digg-like tel que Fuzz ou Scoopeo et le Presse-citron est un blog qui se tient plutôt bien. Non, vraiment, la condamnation de Fuzz n’a à priori aucun rapport avec la personnalité de son fondateur.

Je pense au contraire qu’il y a derrière cette décision de justice un véritable enjeu politique, car le danger, c’est évidemment que cette décision fasse jurisprudence. C’en serait alors fini du web participatif tel qu’on le connaît aujourd’hui, certes un peu brouillon, mais tellement libre et citoyen…
La LCEN de 2004 avait pourtant posé les bases de la confiance en exonérant les sites communautaires de responsabilité quant aux contenus. C'est-à-dire qu’en l’occurrence, Olivier Martinez, l’illustre comédien inconnu, au lieu d’assigner directement le site, aurait préalablement du demander le retrait de l’article le mentionnant, ce qui aurait bien évidemment été fait, on ne saurait en douter. Au lieu de quoi, sans doute en mal de publicité, il aura préféré porter plainte. Et le juge, compatissant, a prétexté de l’existence d’une rubrique « People » pour décréter que Fuzz n’était pas hébergeur de contenu mais éditeur, ouvrant ainsi la porte aux procéduriers de tous poils, et mettant par là même en péril l’existence d’un web participatif.

Et c’est d’ailleurs là que la personnalité d’Eric Dupin risque de poser problème : il doit absolument faire appel de cette décision liberticide, et c’est peut-être un peu lourd à porter, quand bien même on se sent épaulé et qu’on a de bonnes idées marketing. Quant à nous, bloggers, nous nous devons de relayer les vrais enjeux politiques de ce combat. A moins que nous ne préférions nous contenter, comme sur papier & JT’s, de l'opinion exclusive des détenteurs de cartes de presse.

Effectivement, enterrer la LCEN répondrait à un objectif de contrôle accru du média et une jurisprudence qui en vienne à supprimer le principe de la syndication va dans ce sens. On peut certes défendre la position de Sébastien Bailly : « Je te syndique parce que je te fais confiance, et, donc, je t'envoie des lecteurs », (encore qu’il oublie de rajouter cette précision : « et je suis juridiquement responsable de tes propos »), mais reconnaissons honnêtement que c’est la mort du buzz et de l’aggrégation. D'ailleurs, des sites comme Youtube et Dailymotion devront se modérer drastiquement pour pouvoir continuer à exister.

Enfin, si nous ajoutons à cette remise en question de la neutralité du net les limitations de bandes passantes qui se profilent à l’horizon, comme au Québec, où l'avenir des web TV's semble compromis, alors, nous constatons ensemble que le web 3.0 sera chinois, ou ne sera pas… (je sais, j’exagère toujours un peu, c’est plus fort que moi ! 8P )
 

Eric Dupin condamné dans l'affaire Fuzz / Olivier Martinez

Hier, Fuzz.fr, l'agrégateur de news propriété d'Eric Dupin, a été condamné à verser 1000€ de dommages et intérêts et 1500€ de participation aux frais de justice pour atteinte à la vie privée de l'acteur Olivier Martinez.

Qu'on se rappelle
Olivier Martinez avait attaqué Fuzz et son éditeur, Bloobox, leur reprochant d'avoir publié une info renvoyant vers un lien people qui évoquait une potentielle liaison entre l'acteur et Kylie Minogue.
L'annonce du dépôt de plainte avait provoqué le mécontentement de nombreux bloggueurs, et donné lieu à une campagne intitulée "J'aime pas Olivier Martinez", pour protester contre l'assignation d'Eric Dupin, créateur de Fuzz et responsable du blog Presse-Citron. L'enjeu derrière : la défense du web 2.0. et de son principe fondamental, à savoir la libre participation des internautes.

La condamnation d'Eric Dupin : un pavé dans la mare
En considérant Fuzz non plus comme un simple agrégateur mais bien comme un éditeur de contenus, le tribunal, note Le Journal du Net, met à mal la loi de 2004 sur l'économie numérique qui protège par défaut les sites communautaires en leur accordant un statut d'hébergeur, non responsable des contenus publiés.

Pour la suite
La décision risque de faire jurisprudence et implique, qu'on le veuille ou non, un tournant dans le principe des sites communautaires, reposant la question essentielle : qui est responsable des contenus sur internet ? Mais justement : est-il vraiment pertinent de chercher un responsable des contenus sur un agrégateur de news? N'est-ce pas justement mettre à mal le principe même d'un agrégateur ? Comment désormais pourra-t-on concilier le phénomène communautaire et l'obligation d'une "responsabilité éditoriale"? Le débat est résolument ouvert.

Des t-shirts pour Eric Dupin ?
En attendant, Eric Dupin, sur son blog, remercie aujourd'hui chaleureusement l'ensemble des blogueurs qui l'ont soutenu dans cette affaire, et lui ont même proposé de participer aux frais de justice. Mais, plutôt que de faire l'aumône, Eric Dupin propose une idée détournée : mettre en vente un T-shirt logoté Fuzz ou presse-Citron. Les bénéfices de la vente permettraient indirectement pour lui de rentrer dans ses frais ... et aux bloggeurs d'être habillés 'solidaires web 2.0'.
Alors, vous en pensez quoi?

Via Le Journal du Net
 

E-bay boycotté par ses utilisateurs





Les utilisateurs d'E-bay semblent bien remontés. Ils ont décidé de boycotter le site durant une semaine, du 18 au 25 février.
En cause, la suppression des évaluations acheteurs/vendeurs, que John Donahoe (le nouveau big boss) a déclaré contre-productives. En l'occurrence, il semble oublier que c'est l'internaute et sa transparence qui ont fait d'E-bay ce qu'il est devenu. L'objet de cette campagne est donc de le lui rappeler. Entre autres griefs, on reproche également à la firme de faire la part belle aux vendeurs professionnels en augmentant les taxes au détriment des petits vendeurs.
En outre, les plaintes d'acheteurs ou de vendeurs floués ont considérablement augmenté ces derniers temps, et ce sans qu'e-bay ne semble s'en émouvoir le moins du monde. Le fait est qu'acheter ou vendre sur E-bay n'est plus aussi sur qu'il y a quelques années de cela. Cet énorme marché (presque 100 millions d'inscrits) sur lequel s'échangent chaque mois plus de 200 millions d'objets ne pouvait pas rester indemne ad vitam eternam (le temps pour la kaïra de s'informatiser, quoi !)
Et quand bien même on peut penser qu'en proportion du volume d'échange, l'augmentation de la fraude n'est pas extrêmement significative, le malaise des utilisateurs n'en demeure pas moins bien réel. Et E-bay serait peut-être bien inspirée de ne pas trop faire la sourde oreille à leurs revendications, à moins qu'elle n'ait envie de vérifier l'adage selon lequel ce qu'internaute fait, internaute peut défaire... (Les paris sont ouverts !)
 

Peut-on qualifier la création web comme étant un art ?


Nous avons la culture du lourd et du long. Des milliers de tonnes pour une cathédrale et souvent un siècle pour aller au bout. Aujourd’hui, on croque une idée à l’ordinateur le temps qu’un œuf soit « coque » ! Est-ce dire que la création artistique ‘on line’ soit un ersatz d’art ?

Parce que le numérique serait immatériel ? Nous n’aurions plus la main sur le marteau ni le pinceau ? Dès lors, l’art ‘numérique’ n’en serait pas un ? Un artiste a répondu à la question, alors qu’Internet n’existait pas : Pablo Picasso. Voir le film de Henri-Georges Clouzot (1956).

Qu’y découvre-t-on ? L’apparition de l’éphémère en art ! La mutation de propositions fugitives, le contraire de la minéralisation, donc. Du monothéisme définitif, du ‘one way art’. On assiste à très grande vitesse à un éclatement dans l’œuvre elle même, à son interminable succession de versions bêta. Chacune allant, impertinente, plus loin, ailleurs. Et c’est en cela que Picasso prédit le Web design et le légitime par son génie. Un génie qui nous rejoue, moqueur, le commencement du monde.

Le Web entre en ligne de compte là. Parce qu’il multiplie les possibles, mais sans en perdre aucun, comme un intégrateur de tous ce qui faisait la création avant. On se rappelle cette anecdote : un journaliste demande à Jean Cocteau « Le Louvre brûle, quel tableau sauvez-vous des flammes ? » Réponse : « Le feu ! »