L'actualité de cette dernière semaine me pousse à prolonger l'article d'Anne Laure et à écrire la suite de cet article, dans lequel je mettais l’accent sur la légitime opportunité de s’informer à sa guise, et, accessoirement, sur le retard qu’avait pris la corporation journalistique à considérer celle-ci.

Si l’on peut accorder aux bien-pensants de la blogosphère qu’Eric Dupin n’est pas un modèle de déontologie journalistique, avec son aggrégateur de news Fuzz et son blog sérieusement monétisé, il n’en reste pas moins un acteur intègre du web français. On n’attend pas de ligne éditoriale de la part d’un digg-like tel que Fuzz ou Scoopeo et le Presse-citron est un blog qui se tient plutôt bien. Non, vraiment, la condamnation de Fuzz n’a à priori aucun rapport avec la personnalité de son fondateur.

Je pense au contraire qu’il y a derrière cette décision de justice un véritable enjeu politique, car le danger, c’est évidemment que cette décision fasse jurisprudence. C’en serait alors fini du web participatif tel qu’on le connaît aujourd’hui, certes un peu brouillon, mais tellement libre et citoyen…
La LCEN de 2004 avait pourtant posé les bases de la confiance en exonérant les sites communautaires de responsabilité quant aux contenus. C'est-à-dire qu’en l’occurrence, Olivier Martinez, l’illustre comédien inconnu, au lieu d’assigner directement le site, aurait préalablement du demander le retrait de l’article le mentionnant, ce qui aurait bien évidemment été fait, on ne saurait en douter. Au lieu de quoi, sans doute en mal de publicité, il aura préféré porter plainte. Et le juge, compatissant, a prétexté de l’existence d’une rubrique « People » pour décréter que Fuzz n’était pas hébergeur de contenu mais éditeur, ouvrant ainsi la porte aux procéduriers de tous poils, et mettant par là même en péril l’existence d’un web participatif.

Et c’est d’ailleurs là que la personnalité d’Eric Dupin risque de poser problème : il doit absolument faire appel de cette décision liberticide, et c’est peut-être un peu lourd à porter, quand bien même on se sent épaulé et qu’on a de bonnes idées marketing. Quant à nous, bloggers, nous nous devons de relayer les vrais enjeux politiques de ce combat. A moins que nous ne préférions nous contenter, comme sur papier & JT’s, de l'opinion exclusive des détenteurs de cartes de presse.

Effectivement, enterrer la LCEN répondrait à un objectif de contrôle accru du média et une jurisprudence qui en vienne à supprimer le principe de la syndication va dans ce sens. On peut certes défendre la position de Sébastien Bailly : « Je te syndique parce que je te fais confiance, et, donc, je t'envoie des lecteurs », (encore qu’il oublie de rajouter cette précision : « et je suis juridiquement responsable de tes propos »), mais reconnaissons honnêtement que c’est la mort du buzz et de l’aggrégation. D'ailleurs, des sites comme Youtube et Dailymotion devront se modérer drastiquement pour pouvoir continuer à exister.

Enfin, si nous ajoutons à cette remise en question de la neutralité du net les limitations de bandes passantes qui se profilent à l’horizon, comme au Québec, où l'avenir des web TV's semble compromis, alors, nous constatons ensemble que le web 3.0 sera chinois, ou ne sera pas… (je sais, j’exagère toujours un peu, c’est plus fort que moi ! 8P )
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