Nous avons la culture du lourd et du long. Des milliers de tonnes pour une cathédrale et souvent un siècle pour aller au bout. Aujourd’hui, on croque une idée à l’ordinateur le temps qu’un œuf soit « coque » ! Est-ce dire que la création artistique ‘on line’ soit un ersatz d’art ?

Parce que le numérique serait immatériel ? Nous n’aurions plus la main sur le marteau ni le pinceau ? Dès lors, l’art ‘numérique’ n’en serait pas un ? Un artiste a répondu à la question, alors qu’Internet n’existait pas : Pablo Picasso. Voir le film de Henri-Georges Clouzot (1956).

Qu’y découvre-t-on ? L’apparition de l’éphémère en art ! La mutation de propositions fugitives, le contraire de la minéralisation, donc. Du monothéisme définitif, du ‘one way art’. On assiste à très grande vitesse à un éclatement dans l’œuvre elle même, à son interminable succession de versions bêta. Chacune allant, impertinente, plus loin, ailleurs. Et c’est en cela que Picasso prédit le Web design et le légitime par son génie. Un génie qui nous rejoue, moqueur, le commencement du monde.

Le Web entre en ligne de compte là. Parce qu’il multiplie les possibles, mais sans en perdre aucun, comme un intégrateur de tous ce qui faisait la création avant. On se rappelle cette anecdote : un journaliste demande à Jean Cocteau « Le Louvre brûle, quel tableau sauvez-vous des flammes ? » Réponse : « Le feu ! »
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